Nous sommes dans le quartier de Serania dans les faubourgs de Varanasi.
L’allée est de terre. A l’entrée, une pompe manuelle pour puiser l’eau. Sur la droite, des abris bâchés au pied de la voie ferrée. Une centaine de personnes vivent là.
Les baraquements sont jaunâtres, beiges, gris. D’autres n’ont plus de couleurs. Sur la gauche, un bâti de briques. Ce sont les sanitaires du quartier.
Les terrains ont été donnés par le Railway Gouvernement me dit Raju.
15 ans qu’il vit ici. Il ne paie pas de loyer. Avant, il y avait là des étangs. On les a asséchés me dit-il.
Il habitait une maison à proximité quand il a appris la possibilité de construire ici sa propre maison. Son propre taudis. Il est venu le construire, a abandonné son logement.
Il m’invite à visiter. La pièce est rectangulaire. Il y a au centre et aux quatre angles de la pièce des poteaux de bambou. Sur les cotés, des bâches tendues. Au plafond, un litelage de bois sur lequel reposent des plastiques noirs. Des pneus de vélos et la poussière accumulée les retiennent au vent. Je remarque des trous dans la bâche.
« Je reconstruis mon abri de temps en temps » me dit Raju.
Sur la droite, le lit. Ou plutôt une table de bois, 2m par 3 peut être, à hauteur d’une cinquantaine de cm, sur laquelle la famille dort, mange, vit.
Deux de ses filles y sont assises en tailleur. Elles cousent des ornements sur des tissus. Elles font cela à leurs heures creuses me dit-il. Elles sont payées 20 roupies pour deux jours de travail. Elles sont « lentes » peut-être…
Sur le pan du fond, deux commodes. Sur l’une d’elle, la TV. Il y a l’électricité. De temps en temps me dit Raju, un homme passe et fait payer « l’abonnement » de 100 à 150 roupies.
A coté des deux commodes, un poulailler. 3 poules y sont enfermées.
C’est sa vie ici.
Raju est rickshaw wallah à Varanasi. Il est originaire du Bihar, de Bhabhua me dit-il. Son père avait un cheval là bas et conduisait une charrette.
Raju a 2 garçons, 5 filles. Ils sont âgés de 4 à 19 ans. Son soucis actuel est la dote pour l’aînée me dit-il...
…
Il me conduit à une compagnie de rickshaw quelques centaines de mètres plus loin. Ils sont une centaine de rickshaw wallahs à vivre ici. Le plus jeune a 14 ans.
Le logement est « free » me dit-il. Il peut l’être. Ils vivent là dans des baraquements de terre et de tôle avec femmes et enfants.
Ils louent leur rickshaw 25 roupies par jour, en gagnent 100, 150, 200. Ou pas.
Certains se risquent au travail de nuit de 16 heures à 8 heures. Ils ramassent là les alcooliques me dit Raju. La nuit, c’est dangereux. La nuit, c’est aussi davantage de clients qui refusent de payer leurs courses me précise-t-il.
Un des rickshaw wallahs est ici depuis 15 ans. Il n’a pas revu sa famille depuis. Il fait passer son argent gagné par des amis qui se rendent au village.
Ils me disent tous être du Bengale. A l’est de Calcutta me précisent-ils. Il y a quelques années me disent-ils, le Bangladesh et l’Inde ne constituaient qu’un seul et même pays…
????
Pourquoi cette précision…
Je les crois du Bangladesh…
Jean Louis
(à suivre)



