Partie 1
Un rickshaw van me précède, à quelques mètres. Sur le plateau, assis, un jeune couple. Je semble visiblement les intriguer. L’un et l’autre se retournent vers moi. Ils sont dos à la route. Ils bavardent entre eux, me regardent fixement. Ils ralentissent. Je les rattrape, les double. La jeune femme est voilée de noire. Je ne perçois que ses yeux. Le regard est brillant. En arrivant à leur hauteur, le jeune homme me demande de m’arrêter pour bavarder. Ca tombe bien. Je voulais prendre en photo ces jeunes femmes qui étalent le riz avec leurs pieds sur le bord de cette route.
Le jeune couple descend du van. Le rickshaw wallah reste au guidon. Le jeune homme s’approche de moi, me demande d’où je viens avec ce rickshaw, où je vais. Je lui explique mon projet. Nous bavardons. Il habite Athènes, est là en vacances chez les siens. La jeune femme suit la conversation visiblement intéressée par mes propos. Elle se rapproche de nous, m’observe, enlève dans un geste naturel son foulard qui lui voilait son visage souriant…
Partie 2
Nous attendons le boss qui a les clefs du garage où j ai rangé Milou. Nous commençons à descendre mes bagages sur la terrasse qui surplombe la rue. Nous attendons là. Un homme la trentaine, fait des allers retours incessants autour de nous. Il semble agité, semble attendre quelqu’un, quelque chose. Il s’engage dans le couloir qui mène à la chambre des plaisirs (1)
« - No good this lady. »
Je ne comprends pas
De l’autre coté de la rue, à l’angle d’un bâti, une femme toute de noire vêtue se tient là. Sur sa tête un foulard blanc. Je ne lui perçois que les yeux. Elle semble attendre. Attendre un signe, une heure. Je ne sais quoi.
« - I don’t understand ! What do you say ? »
Coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche. La femme se précipite alors rapidement vers l’hôtel, monte les escaliers où nous nous trouvons, et s’engage dans le couloir…
« - No good this lady and this man. It is not allowed in our country…»
Si les dieux savaient ça…
Partie 3
Je m’arrête, descends du rickshaw. Des jeunes filles les livres sous les mains viennent à ma rencontre. Elles arrivent à ma hauteur, bavardent entre elles, me regardent. Elles sont entièrement voilées. Leurs voiles sont colorées. Je ne perçois que leurs yeux. J’engage la conversation.
« - I am French. Tourist ».
« - What is your name ? ».
« - My name is Jean Louis ».
Je leur montre les quelques lignes en bangla accrochées au rickshaw. Brouhaha. Tumulte.
« Piaillement ». Les jeunes filles se précipitent. L’une d’entre elle lit à haute voix pour ses copines. Les copines me fixent des yeux. Larges sourires. De jeunes garçons sont au loin.
Elles les interpellent à haute voix. Eclats de rire, entre eux, entre elles.
Des femmes que j’avais croisées quelques centaines de mètres avant nous rejoignent. Les jeunes filles voilées leur expliquent mon projet. Elles sont visiblement enthousiastes à l’idée de
celui-ci….
(1) Ca frappe à ma porte. Un homme rencontré à mon arrivée à l’hôtel est sur le palier. Il ne parle pas anglais. Il me fait comprendre de le suivre. Pour quelle raison au juste ? Je ne sais pas. Je le suis. Il y en a tant ces jours qui veulent m’emmener chez eux ou voir d’autres personnes pour me parler. Je descends les escaliers. Nous traversons la terrasse qui surplombe la rue et nous nous engageons dans un couloir, arrivons devant une porte. Il frappe, ouvre. Une jeune fille paraissant les 18 /20 ans est là. Il m’invite à m’asseoir sur le grand lit. Je m’assois, regarde autour de moi. Je ne veux comprendre. Ils échangent quelques mots entre eux. La jeune fille se dirige vers la fenêtre, ferme les volets. L’homme se tourne vers moi. Il me fait signe du doigt, cette fille et moi…
? ! ? !
Est-ce sa fille qu’il veut me proposer en mariage ou autre chose ? Je n’en sais rien…
Il approche ses mains des seins de la jeune femme.
« - No, no, sorry, no… ». Je me lève.
La jeune femme me regarde, me sourit
Je fais quelques pas, ouvre la porte…
Etait ce une fille de joie ? Etait ce sa fille, sa femme…
Dans les voyages, il y a des questions qui resteront question …



