8 Le Voyage : Carnet de route

Partie 1

Je gagne le temple. Je me déchausse, et suis les pèlerins. Je pénètre dans une courre bordée de trois bâtis. Face à moi, l’entrée du temple. Je monte deux ou trois marches, entre dans une grande salle de 20 m par 40 env. Sur ma droite, une scène occupe la largeur de la pièce. Douze grandes statues toisent du regard les pèlerins. Au centre, Rada et Krishna. A leurs cotés, dix jeunes filles. Ce sont des bergères. Krishna joue de la flûte.

D’imposants lustres, de verre ou de cristal, éclairent la salle au plafond rampant. L’assistance est indienne. Quelques rares « étrangers »  sont décimés dans la foule des pèlerins (1). Je reste là quelques instants à observer les uns, les autres, la salle aussi. J’entends de la musique. Elle m’invite. Je fais quelques pas, et pénètre dans une seconde salle aux dimensions similaires. Sur ma droite, en fond de salle, sur une scène, cinq personnages aux masques dorés vêtus de couleurs vives. Aux pieds des grandes statues, des tableaux de divinités hindoues, des fleurs, des noix de coco, des fruits aussi me semble-t-il. Sur la droite de la scène, écrit sur toute la hauteur du mur :

« Please chant

Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare

And be happy »

Le cérémonial a commencé. Une corde tendue délimite un espace réservé à quelques prêtres ou pèlerins. Je ne sais. Je ne sais qui sont ces gens au juste. Ils sont pour la plupart vêtus d’une tenue orange claire ou blanche crème. Certains portent des tikas d’argile au front à l’effigie de leur « école ». Une personne veille au passage des personnes « accréditées » à pénétrer dans la zone. Le groupe de « musique » se tient dans cette partie. Un chanteur est accompagné de quelques musiciens. Ils jouent percussions et petites cymbales.

Le rythme des chants est lent, lancinent. Certains pèlerins dansent et balancent leur corps, lentement, lourdement, de gauche à droite, pied droit, de droite à gauche, pied gauche, tel un pendule. Certains ont les bras tendus, ouverts vers le plafond. Ou vers le ciel. Ou vers Krishna. Je ne sais. Les danseurs reprennent en chœur les paroles du chanteur. Parfois, celui-ci tend le micro à ses musiciens qui y vont de leurs voix.

Sur scène, un « prêtre » tient à la main un encensoir. Quelques nuages de fumée s’en élèvent. Il le fait tourner, face aux statues. Le mouvement est lent, rigoureusement circulaire, régulier. Il se saisit ensuite d’une sorte de plumeau épais qu’il agite dans un même mouvement circulaire. Des épisodes de la cérémonie m’échappent. Il y a tant à voir, tant à observer. Je me tiens en retrait, près de la corde. Un « prêtre » tient un chandelier pyramidal. Une trentaine, peut-être, de petites flammes y scintillent. Le « prêtre » va à l’assistance. Il tend le chandelier aux pèlerins. Ceux-ci se bousculent, affleurent les flammes avec leurs mains, les portent à leur front ensuite. Peu après, un deuxième « prête » s’approche. Il tient une sorte d’encensoir. Une flamme conséquente s’en élève. Même rituel. Quelques secondes après, je reçois des gouttes d’eau sur le visage. Je me tourne. Un « prêtre » va. Dans une main un petit récipient d’eau. De l’autre, une sorte de cuillère. Il la plonge dans le récipient, la retire, et d’un geste brusque, projette le contenu sur les pèlerins.

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Le rythme s’accélère progressivement. Les « danseurs » s’adaptent alors aux rythmes différents. Ils chantent aussi, toujours, reprennent en chœur les paroles du chanteur, toujours. Ils font plusieurs pas dans un sens, tournent sur eux, plusieurs pas dans un autre, tournent sur eux, plusieurs pas dans un sens, tournent sur eux… Ce mouvement s’accélère, s’accélère encore. Les « danseurs » se rangent alors par colonne. Le mouvement devient chorégraphique. Le rythme s’accélère encore plus. La chorégraphie d’ensemble craquelle. Encore plus. Elle se fendille. Encore plus encore. Elle se désagrège alors. Chacun des danseurs s’agite alors dans une danse solitaire « endiablée »…

Le rythme ralentit subitement…

? ? ? ?

Les musiciens se déplacent dans le temple, vont d’une salle à l’autre. Certains danseurs, certains pèlerins les accompagnent. Ils avancent en se tenant la main, lancent leur jambe droite en avant, puis leur jambe gauche en avant. L’ensemble tient de la farandole. Les pèlerins restés immobiles, les accompagnent de leurs voix, de leurs chœurs. Des enfants sont portés sur les épaules de leurs pères. Ils frappent des mains,  lancent eux aussi leurs bras vers le ciel. Les gens semblent heureux, festifs.

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Le chanteur cesse de chanter. Il demande aux pèlerins de lever leurs bras. Au signal, ils balanceront leurs bras à droite, puis à gauche, puis encore à droite, puis encore à gauche…et ce de plus en plus rapidement. Il leur fait reprendre en chœur le « Please chant and be happy ».  La répétition est concluante. On peut « y aller ».

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Les gens chantent et sont heureux…

Le « Please chant and be happy » Est. C’’est certain…

 

 

Partie 2

Il est 21 heures. Je m’en retourne au temple. J’entends sur le chemin des chants. Je prête l’oreille, tourne à droite. Je suis la musique. Ce n’est pas la direction du temple.  Je sais. Tant pis.

« Har… »

« Hare Krish… »

« Hare Krishna… »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare  »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Deux hommes chantent. Une voie est indienne, l’autre « occidentale ». Des cymbales accompagnent. Il me semble entendre une guitare aussi. Le chant d’ensemble est pur, limpide. «Minimaliste». Beau. Simplement Beau. Je reste là de longues minutes…Mes pensées s'en vont...

...
? ? ? ? ! ! ! !

Est-ce la nuit ? Est-ce le chant ? Des yeux se mouillent...

...
Alors, ma raison, cartesienne dit-on, me rappelle à l’ordre, et m’ordonne de partir…

Alors demain, je m’en irai…

 

(1) Des soirées sont consacrées aux pèlerins étrangers de Krishna.

 

Ps : J’ai rencontré beaucoup d'Indiens pour qui Mayapur est un des haut lieu de spiritualité. Le chant est une des voies pour rencontrer Shiva me disent-ils… Ils sont sans doute quelques dizaines de millions ici sur le sous continent à penser ainsi…

PRESENTATION

CARNET RICKSHAW VIDEO

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