Je me lève, monte en terrasse déjeuner. Les chaises sont renversées. Les singes, sans doute. Je m’approche du parapet, et retrouve Bénarès.
Je retrouve les temples enchevêtrés dans les bâtis. Ils sont de pierre blanche, grise, ou orangée. Des dômes coniques révèlent leurs sanctuaires. A leurs sommets, des couronnes dorées superposées à la forme de bulbes écrasés prolongent la lecture verticale et conduisent le regard vers le ciel. Des colonnes de pierre, étroites, accolées les unes aux autres s’accrochent aux dômes. Des cerfs volants sont venus s’échouer ici et égayent les temples de leurs couleurs vives.
Les bâtiments sont gris, blancs, violets parfois. Des crépis se sont effondrés ici et là. Des fils electriques et des lézardes courent sur les façades. Du linge et des tapis sèchent sur les parapets. Sur une terrasse, un homme prend sa douche près d’une citerne d’eau. A proximité, une femme masse le dos à son mari allongé au sol. Sa voisine berce un très jeune enfant. A ses cotés, une vielle femme, toute de vert vêtue, est assise en tailleur. Elle se tourne sur le coté, s’allonge, s’étend, et semble commencer sa sieste matinale. Il est 9 heures.
Sur la terrasse voisine, un enfant joue avec un chiot, des femmes étendent leurs draps au sol, une chèvre broute je ne sais quoi. Des singes vont sur les toits et sautent de mur à mur. Un jeune enfant se saisit d’un bâton, court à eux et les chasse.
Des enfants courent sur les terrasses et font grimper au ciel leurs cerfs volants. Ils sont bleus, rouges, violets. D’autres, « statiques », se contentent de brusques coups de poignets pour les faire s’élever. Une jeune femme assiste sa petite fille dans ce mouvement. Elle se penche vers l’enfant, lui prend le poignet, s’en saisit, l’agite délicatement. Le cerf volant monte au ciel. La petite fille sourit.
Des ados escaladent un muret, le franchissent d’un
saut et s’en vont récupérer leur cerf volant perdu. Le fil s’est rompu sans doute.
Une jeune fille se tient au bord d’un parapet. Elle a les mains jointes, les yeux tournés vers le soleil qui se lève. Elle récite me semble-t-il. A ses cotés, sur le muret, un petit récipient doré. Elle s’en saisit, le lève au ciel les bras tendus, verse le contenu par-dessus le garde corps. Elle se tient là quelques secondes, immobile, semble prier, puis repose le petit bol doré. Elle s’en saisit d’un second, trempe sa main dedans, la porte à son cou, à gauche, à droite. Elle boit le contenu du récipient, puis s’en va.
Le brouillard matinal se dissipe. Le Gange apparaît lentement. Des auréoles courent sur le fleuve sacré au gré des courants. Au gré de la pollution aussi. Au gré de la Vie de la Mort.
J’aperçois des bateaux. Des barques motorisées, colorées, « surpeuplées », remontent le Gange. Des hommes ont investi une plateforme hexagonale qui surplombe le fleuve. Ils le regardent s’écouler…
Des femmes descendent la rue de l’hôtel et se dirigent aux ghâts. Certaines tiennent à la main un petit bol doré.
Les fumées du Burning Ghat apparaissent. La chaleur dissipée trouble ma vue.
Un tintement de cloches résonne. Des postes de TV et de radios se font entendre. J’entends des « Ohohow… Ohohow… Ohohow… » : des ados s’essaient au dressage de pigeons sur la terrasse voisine. Des chiens aboient. Des cris d’oiseaux, des cris de singes aussi. Des cris d’enfants…
Un matin à Bénarès.
Jean-louis
(à suivre)



