Partie 1
Un homme se tient sur le terre-plein central de la High Way. Il avance, accroupi, les yeux rivés sur le bord de la chaussée. La circulation est dense. Il tient dans sa main gauche un sac
plastique. De sa main droite, il balaie délicatement le bord de la chaussée. Ses doigts raclent la terre. Les véhicules passent à quelques centimètres. Il est à la recherche. De quoi ? Je ne
sais. De temps à autre, il se saisit d’une « perle rare », la dépose dans son sac. J’observe. Je ne distingue pas ce qu’il ramasse.
Je traverse la voie. Je m’approche.
«- Namaste »
«- Namaste »
«- Ab kya karta hay ? »
«- May … »
? ? ? ?
Ok, c’est bon, je n’ai rien compris.
« - May nahi samajteh hue ».
Il reste accroupi et entrouvre son sac. Il y a là des vis, des boulons, des petits bouts de fer.
Il ira revendre cela me dit il…
Partie 2
J’approche d’Agra. Le terre-plein central de la High Way est étroit. Il est de béton. Le trafic est dense. Sur le terre-plein, un homme se tient accroupi, les bras tendus. Ses poignets reposent
sur ses genoux pliés. Ses vêtements n’ont plus de couleurs. Ils sont devenus guenilles avec le temps. Il a les cheveux noirs, ébouriffés. Autour de lui, du rien. Pas même un sac, un chiffon, un
bout de bois. Il regarde « quoi ». Je regarde aussi. Je ne vois rien, ne vois pas « quoi ».
Et je m’en vais…
Je ne sais combien de temps restera-t-il ainsi, à regarder, accroupi.
A regarder « quoi »…
Partie 3
Un homme se tient accroupi sur le terre-plein central terreux de la High Way. Ici et là des touffes d’herbe clairsemées.
L’homme est âgé. Jeté sur l’épaule, un sac. Il pousse au sol, accroupi, un petit bout de bois un petit bout de fer, je ne sais, à la forme de spatule. L’homme semble racler le sol. Il dépose au fur et à mesure dans son sac ce qu’il ramasse.
Je traverse la voie. Je m’approche.
? ? ? ?
L’homme racle l’herbe, la coupe ainsi au ras du sol. Sitôt coupée, il la dépose dans son sac.
C’est pour les animaux me dit-il
…
Cette herbe est-elle meilleure pour les bêtes ? Je ne sais pas. Sans doute. Il me semble, à l’étranger « urbain » que je suis, qu’il y en a aussi ailleurs de l’herbe. Elle serait me semble-t-il plus facile à couper, plus facile à ramasser…
Il faudrait parler, comprendre l’hindi. Il faudrait lui demander pourquoi il se fatigue ainsi à racler cette herbe précisément.
Les limites d’un voyage. « Accepter » de ne pas tout « comprendre », de ne pas tout « saisir »…
Il y a aussi
celles qui accroupies tapent, tapent, et tapent encore …
ceux qui accroupis commercent, commercent, et commercent encore…
ceux qui accroupis attendent, attendent, et attendent encore…
Jean Louis
(a suivre)



