8 Le Voyage : Carnet de route

Jeudi 16 octobre. Dhaka. Banlieue nord, du coté de l’aéroport. Quartier de Kolatori.

C’est fin d’après midi. Grégoire nous quitte. Il voulait voir mon rickshaw. Il m’a accompagné cet après midi chez Mustaffa. Il retourne maintenant sur Dhaka rejoindre Marie.

Mustaffa me conduit alors chez un de ses amis déposer mes bagages. Nous bavardons avec lui, buvons le thé. C’est tradition ici. Nous partons ensuite faire des emplettes.

Mustaffa me conduit à travers le marché du quartier. Les échoppes viennent d’ouvrir. Petites boutiques de rues. Il y a là le vendeur de légumes qui fait et refait ses étalages. Il les « soigne », en prend soin. Ce sont des présentations « pyramidales » d’oranges ou de citrons. Il y a là les vendeurs de noix de coco, de bananes. A coté le coiffeur-barbier. Un homme se fait rasé. Dans un filet, dans un grand panier d’osier, sept à huit poules blanches « attendent  sagement que leur tour arrive ». Mustaffa me demande si j’aime le poulet.  « Yes, I like »… Quelques mots échangés avec le vendeur, et je vois celui-ci plonger sa main dans le filet. Battement d’ailes. Instinct de survie. En vain. Il l’a attrapée, s’en retourne de quelques pas, et le couteau à la main, tranche le coup de la poule. Ce sera donc poule ce soir, au repas…

Mustaffa m’emmène voir le marché des épices. Je n’y connais rien. Dommage. Elles sont innombrables, dans les couleurs orangées ou brunâtres. Les senteurs sont exquises.

Après quelques thés offerts par les différents commerçants, Mustaffa m’invite à acheter lungi et sandales. C’est plus pratique pour conduire le rickshaw me dit-il. J’achète deux lungi, l’un bordeau, l’autre bleu. Il s’agit d’un drap de tissus qu’on s’enroule autour de la taille et qu’on laisse tomber le long de ses jambes. Ce sont surtout les rickshaw wallah qui les portent.

J’achète aussi sandales en plastique.

Il fait nuit maintenant. Nous rentrons. Je change mon pantalon pour mon « lungi ». Pas évident à faire tenir…

Nous pénétrons dans la maison du cuisiner de la Compagnie de rickshaw. C’est une cabane de tôle ondulé et de natte de bois. Nous prenons place sur le sommier. Face à moi, une tv et un vieux poste radio reposent sur une commode. Des malles, des sacs, des ustensiles de cuisine garnissent la pièce de façon anarchique.

Une coupure d’électricité nous plonge dans le noir pendant plusieurs minutes. Les rickshaw wallahs présents sortent leurs portables pour profiter de « l’éclairage » de ceux-ci. Une femme va chercher trois bougies et les allume. C’est plus « efficace » comme éclairage. Nous attendons le retour de l’électricité pour déjeuner.

Ce sera donc « chicken and rice » ce soir. Mustaffa est allé me chercher un coca et une nouvelle bouteille d’eau. Je viens de finir la mienne. Je suis l’invité ce soir. Je suis aux petits soins.

Nous passerons la soirée à « bavarder », à écouter la tv aussi, une tv que les rickshaw wallahs présents apprécient même s’ils n’en comprennent pas les paroles. La chaîne est indienne. Bollywood s’invite chez les rickshaw wallahs…

Nous avons terminé le repas. Je suis invité à aller me coucher dans le cabanon à l’entrée de la cour, sous le dortoir (1) des rickshaw wallahs. Il donne sur la rue. Un cabanon de tôle ondulé, de deux mètres par deux mètres. Il ne faut pas être grand pour entrer. Ca tombe bien. Je peux rentrer sans baisser la tête. Dans ce cabanon, un plateau de bois m’attend. Une couverture y est étendue, deux oreillers posés. Une moustiquaire a été installée. Mustaffa m’invite à entrer sous celle ci, puis la borde aux quatre coins du lit. Il prend soin de moi.

Un ventilateur et une lampe au plafond me tiennent compagnie ce début de nuit. Après quelques minutes, je finis par comprendre que Mustaffa est allé se coucher ailleurs. Sans doute « au dessus de ma tête » avec les autres rickshaw wallahs. Je peux éteindre.

Je m’endors « délicatement », entre la dureté du sommier et les aboiements des chiens. Il y a aussi les rickshaw wallahs qui poursuivent les discussions.

Je me lève tard. Bon nombres de rickshaw wallahs ont déjà quitté la Compagnie.

Mustaffa m’invite à faire ma toilette. « In side, is-it ok ? ». Il me montre  un cabinet de toilette fermé. Je préfère faire ma toilette en « partie close ». Les autres rickshaw wallahs font leur toilette autour de la fontaine, dans un coin de la cour. Je ne suis encore pas très à l’aise avec mon « lungi » pour me laver « en public ». L’idée que je puisse le perdre reste en « suspend »…

Mustaffa me fournit seau d’eau et savon. Le rasage, ça attendra plus tard.

La toilette faite, Mustaffa m’invite à prendre le petit déjeuner. Nous partons au marché où nous étions hier soir. Nous entrons dans une de ces petites échoppes de rue. Les gens se  poussent du banc et me font une place. Ce sera omelette avec nan, ces pains ronds cuits que l’on retrouve sur tout le sous-continent. C’est un enfant d’une dizaine d’année qui me sert. Je peux me dire que c’est vendredi, qu’il n’y a pas école…

 Il fait chaud quand nous ressortons du « restaurant ». Le ciel est bleu limpide. Nous regagnons la Compagnie

 

Jean-Louis

(à suivre)

 

(1) Il s’agit d’une plateforme de 4mx20m env, située à une hauteur de deux mètres environ à laquelle on accède par une échelle. Sur cette plateforme dorment les rickshaw wallahs les uns à cotés des autres, chacun sous sa moustiquaire. Sous cette plateforme, leurs rickshaws. Dans cette compagnie, une centaine de rickshaw wallahs, répartis en deux dortoirs.

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