8 Le Voyage : Carnet de route

Je descends du rickshaw, le pousse. Un fossé à franchir. Une dernière grimpette de quelques mètres, sur l’herbe. Ce sont les derniers tours de roue. Un dernier coup de rein, et nous voici arrivés sur une plateforme de terre battue que borde une maison en torchis. Nous sommes arrivés chez Mustaffa.
         

De ces instants hors du temps. Une plénitude. Quand je te disais, le Temps, que je te ferai « élastic »…
...

         
Sa famille vient à nous. Son père, sa femme accompagnée de ses enfants, ses amis aussi. Ils échangent quelques mots, me sourient, s’approchent rapidement de moi. Ils se tiennent là, debout, droit, à un mètre ou deux de moi. Il y a là des hommes, des femmes, des enfants. Les hommes portent tous le lungi. Les femmes sont « drapées » dans des sarees colorés. Ils me dévisagent, font des « dodelinements » de la tête. Des regards perçants, lumineux. Comme celui des enfants qui s’émerveillent pour un oui, pour un non.  Ce sont peut-être de grands enfants au fond. A s’émerveiller d’une rencontre, de l’étranger, de l’incongru aussi peut-être.

         
Je ne dis rien. Je savoure ces instants de rencontre, non pas d’être  la « vedette » d’un jour. De ces instants qui nous surprennent nous même.

Je suis invité à m’asseoir sur un banc de bois qu’un homme m’apporte.

«- Seat down please, seat down » me lance Mustaffa.

Je m’assois donc, regarde autour de moi. Sur ma gauche et face à moi, une maison de torchis au toit de métal. Derrière moi, la rizière que nous venons de longer sur quelques mètres. La terre est humide, les plants sont longs. C’est récolte le mois prochain. Sur ma droite, la famille et les amis de Mustaffa. Derrière eux à quelques mètres, deux vaches maigres broutent sous des arbres que je ne sais reconnaître. Dommage. Une poule suivie de ses poussins vont et viennent. Une petite chèvre noire est couchée. Dans la même direction, j’aperçois une autre maison, faite de tôle et de torchis.

         

Je m’essaie à mon bangla. Je « pique » au hasard dans leurs conversations des sonorités faciles à retenir. Je les ressors. Je fais rire l’assemblée. Mon bangla ne doit pas être encore très au point…

«- Come on please, come on. We go to my home, ok? »…

Je me lève, quitte mon banc. Les personnes présentes s’écartent pour me laisser passer.

Nous empruntons un chemin étroit qui mène à la dernière maison que j’ai vue…


Jean-Louis

(à suivre)

 

 ps : partis de Dhaka le 21 octobre en tout début d’après midi, nous sommes arrivés chez Mustaffa le 22 en fin de matinée. J’ai conduit le rickshaw, Mustaffa m’a suivi à vélo. Nous sommes sortis de Dhaka par une route à quatre voies. Trafic intense, où la vigilance doit être de mise.

Nous avons suivi cet axe Dhaka-Mymensingh sur plusieurs kilomètres, avant de nous engager « plein ouest » sur les routes de campagne. Finis les bus et les camions. Les rickshaws et autres cyclos prennent possession de ces petites routes étroites qui sillonnent la campagne Bangladeshi. De nombreux étangs plus ou moins vastes bordaient les routes. Des pêcheurs relevaient des filets carrés tenus au bout d’une canne de bambou. D’autres marchaient dans ces mêmes étangs, le dos courbé, poussant devant eux leur filet. Rizières, bananiers, cocotiers, nous ont accompagnés jusque chez Mustaffa.

              
J’ai passé là trois jours grandioses dans sa famille. J’étais aux petits soins. J’ai découvert une approche autre de la communauté familiale, du privé et de l’intime. Relations autres.

J’ai fait connaissance avec sa femme Shoumi, ses enfants Kamal et Mouni, ses amis. J’ai vécu au rythme des palabres, des innombrables thés pris d’échoppe en échoppe au village. Je suis allé rendre visite à Bibi la grand-mère. J’ai rencontré Malek le jour de son mariage…

         
Trois jours hors du temps. J’ai rencontré l’exceptionnel…

PRESENTATION

CARNET RICKSHAW VIDEO

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés