8 Le Voyage : Carnet de route

Il pleut cette fin d’après midi sur Mymensingh. Nous nous rendons au cinéma Mustaffa et moi. Cinéma de quartier. Il est 18h00. Il fait nuit déjà.

Nous franchissons une grille métallique coulissante rouillée et entrons dans un vaste hall rectangulaire aux murs verts et au plafond rose. Suspendus au plafond, six ventilateurs. Ils ne fonctionnent pas. Entre ceux-ci, quatre carrés de bois vert de 1m par 1m environ agrémentent la décoration. Deux néons assurent l’éclairage. Des fils électriques pendent au plafond. Sans doute un troisième point lumineux. Défectueux celui-ci.

Sur la droite en entrant, le marchand de « chips » et d’autres coupe-faim. Derrière lui, cinq ou six petites affiches de cinéma sont collées au mur. Certaines d’entre elles sont déchirées. De plus grandes affiches de 1m50 par 2m environ reposent au sol à proximité. Visage d’acteurs et d’actrices de cinéma Bangla me précise Mustaffa.

Sur un banc face à l’entrée, adossé au mur, un policier assure les contrôles de sécurité. De façon nonchalante, il me demande d’ouvrir mes sacoches. Ce que je fais, ne trouve rien à redire.

Nous achetons les meilleures places. 30 takas la place Nous serons au deuxième étage, au plus haut. C’est 20 takas la place au rez de chaussée.

Nous attendons assis sur un banc que la séance précédente se termine. Autour de nous des adolescents essentiellement et quelques hommes plus âgés. Aucune femme, aucune famille, pas d’enfant.

Deux, trois, puis rapidement cinq, dix personnes s’approchent de moi. Elles restent là, à me regarder, à un mètre de moi. Elles ont toutes de grands yeux marrons, un regard lumineux. Elles bavardent entre elles. Sourires échangés, quelques mots en bangla à mon attention.

 ? ! …

J’essaie de mon coté quelques mots en anglais. Nouveaux sourires.

« - Ami buzla na bangla ». Ils éclatent de rire. Ils s’adressent alors à Mustaffa pour en savoir plus sur le « sujet ».

Nouveaux sourires, nouveaux regards échangés, nouveau « patois bangla »…

Une sirène retentit. Nous sommes conviés à monter aux étages prendre place. Nous empruntons l’escalier. Au premier étage, un jeune homme nous demande nos billets, les déchire et nous les rend. D’un geste, il nous indique les escaliers à suivre.

Nous arrivons au deuxième étage. Je n’y vois pas grand-chose. La luminosité est « tamisée » par un manque de points d’éclairage. Nous redescendons quelques marches nous asseoir au rang du balcon. Nous avons une vue plongeante sur la salle dont la capacité avoisine les huit cents places. Je me penche au balcon. Nous devons être près de deux cents personnes dans la salle. Guère plus. La décoration est des plus sommaires. Quelques « bariolages » ici et là sur les murs. Rien de plus.

Nous prenons place sur nos bancs de bois repliable. Un jeune homme passe dans les rangs vendre « chips » et cacahuètes.

         
La projection commence, les éclairages s’éteignent. C’est la page « Publicité ». De la pub pour de la porcelaine et de la vaisselle. Trois ou quatre spots pour quelques produits alimentaires suivent. Pas de pub pour des parfums, des voitures, des vêtements… Autres consommations sans doute ici.

Sans même une bande annonce, la diffusion du film enchaîne. Je comprends rapidement qu’il s’agit d’un film de « bagarres ». Une bande de quelques hommes semble semer la terreur en s’en prenant à de petites gens. Sans doute sont-ils « les méchants ». Je comprends aussi qu’il y a le sympathique « fou » de service, un personnage atypique, qui semble être « le gentil ». Il combat ces méchants à l’occasion de rixes des plus grotesques et des plus cocasses. Les cascades des combats ne font pas dans la demi mesure. Un coup de poing, et le « gentil » fait « décoller » du sol son adversaire de 50 cms facilement, quand celui-ci ne va pas jusqu’à «devoir »  faire un saut périlleux arrière. Les équipes de maquillage doivent sans doute travailler « au seau » pour assurer la quantité de sang versé à l’occasion de ces combats acharnés.

De temps à autres, des scènes de danse s’intercalent entre deux combats. On est loin du cinéma « boolywood ». Les danses sont approximatives, les costumes et les décors des plus banals. Parfois, des scènes au « coté sexy » suscitent les réactions du public. Succès garantis. Les cadrages mettent en valeur les formes généreuses de certaines femmes. Certaines d’entre elles se laissent caresser leur ventre dévêtu par des hommes visiblement en recherche de plaisir.

Le film est en noir et blanc. Le son est assourdissant et résonnant. De longs traits blancs verticaux parcourent l’écran de façon aléatoire. Les images sont parfois saccadées. A croire que les montages des bobines se font à la colle ou au scotch.

Subitement, la pellicule se noircit. Du « fondu-enchainé », le projectionniste a du oublier l’ « enchainé ». Le public commence à siffler, à crier. L’image revient. Le projectionniste peut souffler.

Une heure et demie s’est écoulée. C’est l’entracte. Mustaffa voulait partir il y a quelques minutes déjà. De mon coté, j’ai mon aperçu du cinéma bangla. Il vaut ce qu’il vaut. Nous décidons de rentrer à l’hôtel.

Nous descendons les escaliers, gagnons le hall. Un homme nous entrouvre la grille métallique coulissante de l’entrée. Juste de quoi nous faufiler. Il pleut encore. Trois vendeurs se tiennent là près de l’entrée, à l’abri d’une dépassée de balcon. Ils attendent la sortie des spectateurs. Deux d’entre eux vendent des œufs cuits posés sur un tabouret de bois. A coté des oeufs, quelques petits sachets de papier journal, remplis de cacahuètes. Le troisième vend le traditionnel pan.

Nous traversons la rue et courrons nous abriter dans une boutique depuis laquelle Mustaffa pourra interpeller plus facilement un rickshaw wallah. Nous attendons là quelques minutes. Les rickshaws sont peu nombreux à circuler. Il a plu toute la journée. Sans doute éreintés par les conditions atmosphériques, un grand nombre d’entre eux ont du arrêter leur job plus tôt. Avec un tel temps, ils sont davantage sollicités et enchaînent course sur course sans répit.

Nous quittons l’échoppe et nous nous résignons à marcher sous la pluie. Nous veillons à nos pas pour éviter flaques, excréments, et autres infortunes. Mustaffa arrête un rickshaw wallah. Quelques mots échangés, puis nous montons.
         
Il nous tend un long plastique pour nous abriter de la pluie. Avec le vent,  nous serions mouillés en dépit de la capote dépliée. Nous tenons le plastique à la main, couvrons nos jambes avec. Le rickshaw wallah quant à lui s’abrite de la pluie avec un long sac plastique bleu.  Il l’a resserré avec une corde au niveau de son cou et de sa taille. Vêtement de fortune. Il s’élance. Un, deux, trois coups de pédale. Le rickshaw est lancé…

 

Jean-Louis

(à suivre)

PRESENTATION

CARNET RICKSHAW VIDEO

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés