Il est midi. Plein soleil. Pas de thermomètre. Ca
tombe bien pour le boss, on ne sait sous quelle température au juste ces hommes là travaillent. Là, accroupis toute la journée, à fabriquer ces briques. A quelques dizaines de mètres d’eux, des
ouvriers remplissent à la pelle des brouettes de terre. Une terre modelable, du genre terre glaise. Les brouettes remplies, des hommes font les allers-retours entre les deux groupes d’ouvriers,
les renversent aux pieds des premiers. Ceux ci s’en saisissent alors, mettent cette terre dans de petits moules de bois à l’aide d’une taloche. Le moule ainsi rempli, il n’y a plus qu’à le
retourner. La brique est faite. On laissera sécher ça au soleil avant de passer au four.
La « visite » est finie. Nous retournons
prendre vélo et rickshaw. Coup d’œil à l’arrière. Aucun véhicule. On peut y aller. Je pousse le rickshaw, le sort du bas coté, le remets sur la route. Je peux grimper. Debout sur les pédales, je
le relance, me mets en danseuse. C’est parti.
Le paysage est pittoresque, verdoyant. Des rizières bordent la route. Des étendues d’eau s’invitent parfois entre celles-ci. Les installations de pêche, nombreuses, témoignent de l’activité dans ces étangs. Elles sont faites en bambou, permettent de lever des filets par un système de balancier. Le pêcheur gagne une plateforme de bois située en hauteur d’où il l’actionne. C’est une friture qu’on pêche ici. On ira la vendre au bazar d’a coté d’ici quelques heures.
Nous roulons « bien ». La route est plate. Les bus, les voitures et les camions ne sont pas nombreux. Coup de klaxons de temps à autres, c’est tout. Nous croisons en revanche d’innombrables rickshaw carrier qui transportent bambous, pierres, pan, légumes, fruits, poules et autres. Je me rends compte ainsi combien les rickshaw wallahs sont essentiels à l’économie du pays en assurant le fret des marchandises, même ici dans les campagnes.
La route
est ombragée. Trois enfants balaient les bas cotés. Ils tiennent à la main des branchages attachés entre eux par un bout de ficelle. Ils ramassent là feuilles mortes desséchées et le moindre
branchage. Ce sera un moyen de combustion supplémentaire pour faire le feu à la maison. J’ai vu cela chez Mustaffa.
Quelques centaines de mètres plus loin, sur ma
gauche, en contrebas de la route, un pré desséché. Près de l’étang qui le borde, cinq abris de fortune faits de bambous se tiennent là. Ils sont de forme tubulaire, ouverts aux deux extrémités,
d’une hauteur de un mètre cinquante environ. Je perçois leur intérieur, et je ne perçois rien. Des plastiques bleus et blancs assurent l’étanchéité pour les jours de pluie. Des femmes assises à
proximité de ces abris bavardent. Des enfants jouent autour. On est là parmi les plus déshérités. De quoi vivent ces gens. Je ne sais.
Nous traversons un peu plus tard un village. Ils sont
nombreux, se succèdent les uns aux autres depuis quelques kilomètres. Leur nombre témoigne de la densité du pays. Pas de commerce ici. Ce sera plus loin, au bazar, qu'on les
trouvera.
Des baraquements rectangulaires, au toit à deux pans,
faits de tôle ondulée, se tiennent en retrait de quelques mètres de la route. Ils sont organisés autour d’un point d’eau et de bosquets d’arbres.
L’ensemble amène sans doute un peu de fraîcheur rendant peut-être supportable les températures sous les tôles. J’en doute quand même. Entre les baraquements et la route, sur la droite, deux
vaches broutent la paille de riz séchée entreposée à leur égard.
Nous
sortons du village. Deux jeunes filles entièrement voilées, reviennent de l’école, les livres sous la main. Elles quittent la route, s’engagent dans un chemin. Machinalement, elles se retournent,
m’aperçoivent, s’arrêtent. Je m’approche, passe à leur hauteur. Je ne perçois que leurs yeux. Un voile rouge pour l’une, violet pour l’autre, leur couvre la tête. Les couleurs tranchent avec le
noir du tissu qui leur voile leurs corps. Elles me regardent passer. Leur curiosité est intacte.
Nous poursuivons notre route…
Jean-louis
(à suivre)



