(…)
La High Way enjambe une voie ferrée. Elle monte légèrement. Il y a du vent. J’avance lentement, péniblement. Le paysage est rural. En contrebas quelques maisons aux cours intérieures. Le toit et une façade de l’une d’elles se sont effondrés, fatigués des années ou des moussons dévastatrices peut-être. Un pan de briques est en équilibre fragile. Des enfants jouent et courent à proximité. A croire que le péril, ici, n’est plus perçu. Il n’a plus d’emprise. Il fait partie de la « donne ». Et puis voilà.
A quelques mètres, sur la voie ferrée, trois hommes égalisent les graviers avec des râteaux.
…
En haut de la montée, à droite un homme est assis sur la route, adossé au muret du terre plein central. Face à lui, de l’autre coté de la voie, un tricycle jaune adapté pour une personne handicapé. Le trafic est intense. L’homme lève un de ses bras et me fait signe. Je le regarde, m’arrête. Je gare Milou. Il a peut-être un souci, ne peut retourner à son tricycle. Je ne sais. Je regarde à droite, à gauche aussi. Je traverse la route. Je m’approche de lui.
« Namaste, namaste »
« Nam… ???, nam… ??? »
Il parle difficilement.
Je me baisse. Je m’assoie à ses cotés.
? ? ? ? ?
D’un camion tombe une pièce sur la route. Le camion va lentement.
La pièce tombe à proximité de l’homme. Il penche son buste en avant, tend le bras, s’en saisit.
L’homme fait l’aumône. Il s’appelle Suentendor, n’a pas d’enfant me dit-il. Il semble avoir 30 ans, 35 ans peut-être. Les camions et les bus nous passent près. Les véhicules vont lentement ici au sommet de la cote. Les « drivers » ont le temps de jeter une pièce et d’ajuster le lancement de leur donation. Mais aucune pièce ne tombe. Les « drivers » ne donnent pas tous. Je reste là, quelques instants avec Suentendor. J’aimerai en apprendre plus sur son histoire. J’essaie quelques mots. En vain. Quelques mots encore. Quelques gestes. Quelques roupies aussi. Et puis un au revoir…
Je me relève, le regarde encore, puis regarde à gauche, regarde à droite aussi. Un véhicule ici peut arriver des deux cotés, même sur une voie à sens unique.
Je regagne Milou, grimpe et repars…
…
Un pied de nez à la Vie, à la Mort. Qui des deux voudra de lui ce jour…
Un coup de volant, et la Mort l’emmène…
Jean louis
(à suivre)



