Jeudi 20 décembre 2007:
Il est 15h00. Je comptais partir plus tôt pour Chambéry, terme de la 1ère étape. Un peu de
retard sur le programme initial. Et ce qu’on dit être « La Raison » joue alors de ce retard, et s’invite à remettre en question cette ballade de 4 jours. Il fait passablement
froid, et la nuit tombe vite à pareille époque me rappelle-t-elle.
Je n’ai qu’à m’habiller en conséquence. Trois ou quatre teeshirt sur moi régleront le compte au
« froid ». C’est vrai aussi que j’arriverai sans doute désormais à Chambéry à la nuit : j’emmènerai des éclairages supplémentaires, au cas où.
Mais je m’en vais, c’est décidé.
C’est grand soleil. Direction Chambéry par la nationale. La circulation est dense en cette fin d’apm. Je
me dois de rester vigilant au guidon du rickshaw, et de veiller à me tenir toujours très à droite. A ce jeu là, la roue arrière droite du rickshaw s’en va goûter de temps à autre au givre qui
recouvre encore les bas-cotés.
Je n’ai pas à pousser aujourd’hui. Le relief est plat.
Le soleil descend lentement à l’horizon. Il semble lancer de sa clarté un « A demain ! » et
disparaît dans la brume.
Un peu plus de 50 kms parcourus, entre nationale et voie cyclable, que j’emprunte à partir de Montmélian.
Quelques allés-retours inutiles dus à un sens de l’orientation nocturne aléatoire me permettent de découvrir sous la pleine lune la campagne environnante Chambérienne. C’est grand
silence. Pas un oiseau, pas un lapin pour troubler cette quiétude nocturne !
Je retrouve enfin la nationale pour les dernières centaines de mètres à parcourir. Il est 21h00. J’arrive
sur Chambéry centre où m’attendent mes hôtes.
Un repas chaud, discussion « Projet-Voyage », et me voici bien heureux d’aller me coucher dans
un lit si douillet qui m’attend .
Vendredi 21 décembre 2007
Il est 10h30 quand nous quittons nos hôtes. Un petit tour par Chambéry Centre, histoire d’aller dire
bonjour à quelques éléphants…( ! )
La Fontaine des Eléphants, appelée communément
« les quatre sans culs », est l’un des monuments célèbres de Chambéry. Elle a été érigée en 1838 en hommage au général Comte de Boigne (Chambéry ; 1751-1830) et à ses soldats, les
Marathes. Benoît Leborgne, Comte de Boigne, entra en effet au service du chef de l’empire marathe, le maharadjah Madhava Rao
Sindhia, et organisa son armée à la tête de laquelle il remporta plusieurs batailles.
Ces pachydermes sont un sympathique clin d’œil à mon voyage au fond. Rapide présentation des Quatre
Eléphants à Budhbar. Ca lui rappelle le pays me dit-il .
Et nous nous en allons pour « Les Echelles». Le ciel est couvert, « brouillasseux ». Nous
sortons de Chambéry. Je parviens à pédaler sur ce faux plat. Un panneau à la sortie de la ville nous indique alors que nous entrons dans le Parc de la Chartreuse, l’un des 44 parcs naturels
régionaux français.
Budhbar au pays des « Chartreux » si j’ose dire. Bien loin de ses palmiers, bien loin de ses bananiers, bien loin de chez lui.
La région est belle ici, pays rural de moyenne montagne. Le givre et la neige fraîchement tombée lui confèrent un
charme supplémentaire
La pente devient trop prononcée pour pouvoir pédaler. Je m’arrête et descends du rickshaw. Une, Deux,
Trois ! C’est parti ! C’est parti pour pousser. Quelques centaines de mètres. Ou plutôt sans doute qques kilomètres. Je n’ai pas de compteur. Budhbar y est allergique. Le temps, les
distances, c’est pas son « truc ». Dans son pays, le rapport au temps et à l’espace, la distance, est tout autre. Le temps semble y être bien souvent « indéfiniment »
extensible. Autant s’ habituer de suite à ces « notions nouvelles ».
C’est vrai après tout, nous avons tout le temps l’un et l’autre pour parcourir ces 50 kms qui nous
séparent de St André le Gaz où nous sommes attendus ce soir. 50 kms, c’est une affaire de…10 heures au pire, en poussant tout le temps…( ! ) ; 11h00 + 10h00 : on arriverait à
21h00… ( ! ) Et puis après…
Je connais bien cette route, pour l’avoir empruntée à plusieurs reprise. En auto, à moto, en hiver, en
été, de jour, de nuit. Et pourtant, elle a un autre parfum ce matin. Je découvre une
luminosité autre, un paysage autre. Un regard autre porté sur un paysage connu. Je ne sais pas de quoi cette perception nouvelle tient. De l’effort de pousser Budhbar ? Peut-être. De ces
pensées « Voyages » qui m’accompagnent dans cet effort ? Sans doute aussi. C’est ainsi.
Le soleil nous attend sur les hauteurs. Il perce à travers la brume qui s’élève. Sur le plateau, c’est
désormais Grand Soleil.
Nous voici au col de Couz.
626 mètres. Budhbar a le mal d’altitude. C’est la 1ere fois qu’il monte si haut. Il faut vite redescendre en vallée. Descente sur Les Echelles. Descente à vive allure, vive allure et prudence à
la fois. La route est large, et les freins dernièrement révisés freinent maintenant à merveille. Plus de secousses, le réglage est parfait, et je peux désormais m’aventurer à
« dévaler » les cols !
Nous arrivons aux Echelles que nous traversons. Budhbar est sujet à tous les regards. Le repas
rapidement pris, nous poursuivons sur Pont-de- Beauvoisin par les Gorges de Chailles
C’est fin d’apm quand nous y arrivons. La ville est animée, et bon nombre de passants portent là aussi
leurs regards interrogatifs sur Budhbar.
Il faudra que je m’y fasse du reste à toutes ces attentions : des coups de klaxons parfois, de simples
regards, ou alors des « Regarde ! Regarde ! ». Toutes ces attentions sont si agréables.
Nous traversons la ville et nous nous dirigeons sur St André le Gaz où nous attend notre hôte. La nuit
tombe rapidement. Il nous reste une douzaine de kilomètres à parcourir à travers la nuit.
Je place à l’arrière 2 phares supplémentaires. Je nous sait dorénavant très visibles , et nous
pouvons continuer dans la nuit, tranquille, notre chemin sur cette route très empruntée.
Nous arrivons enfin chez notre hôte.
Soirée « Pensées- Voyage ». C’est tout Bonheur que de « re-raconter » ce projet, ces
rencontres déjà réalisées, ces quelques kilomètres parcourus avec le rickshaw. Je pourrai le raconter mille fois. Ce serait mille fois plaisir.
Samedi 22 décembre 2007
10h30. Nous quittons St André le Gaz et ses rues calmes et désertes pour aller sur Lyon. Une autre
ambiance, sans doute, nous y attend... Ici, à St André le Gaz, ce sont des champs, des champs, et des champs encore. Le rural, la campagne à une petite heure de Lyon.
L’atmosphère est sec aujourd’hui. Il y a qques heures, à qques kms d’ici, il est tombée de la neige
« artificielle » si j’ose dire, de la neige due à un phénomène de « neigéisation ( ! ) » de fumées industrielles. On viendra peut-être d’ici qques années skier dans
la plaine lyonnaise à défaut de neige en altitude.
Egrenées le long de la route, les maisons nous abritent du vent. C’est déjà ça. Très peu de dénivelé
aujourd’hui, et la moyenne horaire est bonne. Nous arrivons à La Tour du Pin. Je m’arrête pour revisser une pédale qui souhaitait nous quitter et s’en aller se ballader de son coté. Puis c’est
rapidement Bourgoin-Jallieu, la Verpillère. Lyon n’est plus qu’à une trentaine de kms.
Après le repas pris à la Verpillère, me voici rapidement à l’entrée de la zone commerciale périphérique
lyonnaise . Je cherche ma route entre panneaux indicatifs routiers et panneaux publicitaires. Il faut veiller à ne pas se trouver embarquer sur l’une des autoroutes ou autres voies express
avec Budhbar. Ce ne serait pas très top… !
Bron, les proches abords de Lyon, et puis c’est Lyon, l’Hôpital Herriot est en vue. Un coup de téléphone,
et me voici au pied de l’immeuble de mon hôte de ce soir.
C’est « Voyage » ce soir aussi, comme tous ces jours. Comme tous ces jours, nous
« embarquons » pour l’Inde et le Bangladesh, nous embarquons pour ce projet.
Dimanche 23 décembre 2007
C’est donc le dernier jour. Dernier jour de cette petite excursion. Le soleil est là, ce matin encore. Il
tient sans doute à m’accompagner jusqu’à la fin de cette ballade.
Je récupère Budhbar, charge les bagages. Un cycliste s’approche. « Excusez moi,
est-ce indiscret de vous demander ce que vous faites avec ce drôle de vélo ? »
Non ce n’est pas indiscret, bien au contraire. Bien au contraire, c’est plaisir que de conter ce projet,
de profiter de ces rencontres anodines pour déjà « interpeller » sur la condition des conducteurs de rickshaw du sous continent indien. C’est déjà ça de pris si j’ose dire, que de dire
déjà ces quelques mots.
Un au-revoir à mon hôte, et je m’élance en direction du centre ville. En ce dimanche matin, il y a peu de
circulation à Lyon. Me voici sur l’un des grands axes de la ville en direction de la place Bellecour, puis je m’engage pour la Place des Terreaux.
Je sais qu’il y a là Audrey et Seb qui m’attendent. Ils m’ont repéré de loin. Et pour cause… Je descend de Budhbar. Nous rentrons rapidement boire un café. Conversation « Voyage » bien
entendu, et notamment, ils me racontent en détail leur aventure avec Neelam (1). Une expérience forte, originale, qui n’est pas sans me faire penser à ce que je pourrai vivre d’ici qques mois
peut-être. Réel plaisir que de bavarder ainsi, d’anecdotes en anecdotes.
Je suis bien ici, mais il faut que je pense à rentrer. Je les quitte et regagne les bords de Saône pour
quelques photos.
Et puis c’est direction Oullins, Irigny, Vernaison, Givors. Le ciel est trop brumeux, dommage, pour une vue dégagée sur Lyon ou Les Alpes.
Déjeuner à Givors, puis qques kms en direction de Rive de Gier et Lorette, terme de cette ballade de quatre jours.
Jean-Louis
(à suivre)
(1) : Voir Rubrique "Autre Expérience Rickshaw"