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   A une échelle très différente, j'ai agi pareil avec les "cyclos-rickshaws" . Ces vélos biplaces, 80 kilos à vide et pas de dérailleur, qui servent encore, dans beaucoup trop de villes, de taxi. Je les ai rarement pris (principalement à Varanasi et Delhi) et mon esprit a toujours été partagé entre le désir de faire vivre une personne (et, indirectement, une famille) ou perpétuer une situation d'exploitation presque coloniale.              
 
   Ce qui m’a d’abord intrigue, c’est la taille des mollets des conducteurs de rickshaws : si ces velos bringueballants charges de frigos ou de gros americains sont si pénibles, comment expliquer que leurs mollets ne soient pas muscles ? 
   J’ai donc voulu en avoir le Coeur net : de la gare de Varanasi au “centre-ville”, il y a 3 kilomètres. J’ai donc demandé au conducteur de cyclo-rickshaw, hilare, de s’asseoir à l’arrière, et j’ai pédalé pour rentrer. 
   Le premier probleme est de “lancer” la machine de 200 kilos. Il faut en fait prendre quelques mètres d’élan en poussant le cyclo, puis sauter dessus et continuer à pédaler. A partir de ce moment, tant que la route est plane et que la circulation est fluide, pédaler n’est pas physiquement difficile. A condition de ne pas être pressé. Mais bon, on est en Inde. 
    La situation se complique quand le traffic s’épaissit. La marge de manoeuvre, avec cet engin, est assez…surprenante au début. Pas moyen, pour moi, de me faufiler entre les voitures, les motos, les cheveaux et les chiens. Le pire, c’est quand il faut s’arrêter… il faut ensuire sauter du velo et courir de nouveau à côté sur quelques mètres. 
   Le deuxième probleme, c’est quand la route n’est plus plate. Qu’elle monte ou qu’elle descende. Même imperceptiblement. En effet, dans chaque petite descente, le cyclo-rickshaw prend de la vitesse, et devient vite incontrollable. Une seule solution : klaxonner, crier et serrer les fesses jusqu’à la fin. 
    Pour les montées, c’est le contraire. Le plus petit faux-plat deviant un Paris-Roubaix. A nouveau, il faut descendre et pousser à côté. 
   Conclusion : le cyclo-rickshaw, ce n’est pas très difficile sur une route plate et degagee. Mais ensuite, il faut des nerfs d’indien. 
   En tout cas, je ne regrette pas. Et puis, les passants passaient de la surprise au rire en voyant un occidental crier “Chola ! Chola !” en conduisant un cyclo-rickshaw sur lequel trônait, hilare, le conducteur officiel. "
Thibaud
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